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Ayda Erbal - Noyan Tapan n°37-38 -
Traduction : Hakilaifou
Interview réalisée par Ayda Erbal, journaliste
au journal arméno-américain Noyan Tapan.
Il s'agit de l'unique traduction complète de
cette interview réalisée par mes soins
et rien que pour vous (merci qui?). N'étant
pas réalisé par un professionnel de
la musique, cette interview montre pour une fois une
autre facette du chanteur et nous apprend beaucoup
sur l'histoire du groupe, de Serj et sur ses pensées.
Même si parfois on se demande s’ils ne
font pas un concours pour savoir qui est le meilleur
sosie de Jean-Claude Vandamme…
Merci à Louise Kiffer d'armenweb.org,
la plus rock de toutes les mamies.
Ayda : Commençons par votre famille.
Serj : Mes quatre grands–parents sont originaires
d'Anatolia. Mon grand-père paternel est d'Efkere
( j'espère que c'est bien ça, je ne
me souviens pas très bien.)
Ayda : Savez-vous comment ils se sont retrouvés
à Lebanon?
Serj : Oui, assez. Ma grand-mère est morte
très tôt mais les soldats sont venus
au village, ont rassemblé les hommes ensemble
et ont séparé les femmes et les enfants
et les ont fait marché dans le désert
de Der Zor. Le plus jeune frère de mon grand-père
a été tué. Je pense qu'il s’est
retrouvé dans un orphelinat, un orphelinat
américain en Grèce.
Ayda : oh il alla d'abord en Grèce.
Serj : Je ne sais pas quel pays était le premier
mais il était en Turquie, en Grèce,
à Lebanon.
Ayda : etait-ce du côté paternel
ou maternel?
Serj : Maternel.
Ayda : Vous êtes arménien des
deux côtés, c'est ça?
Serj : Ouais, Arménien de l'Ouest des deux
côtés. Mes 4 grands-parents sont d'Anatolia.
Ayda : Pourquoi ont-ils décidé
de venir ici, en Amérique ? Etait-ce à
cause de la guerre?
Serj : La guerre est une des raisons principales mais
vous savez, toute la famille venait ici, oncles, etc.
Ayda : Vous alliez dans une école arménienne
à Hollywood? Autant que je sache, Daron et
Shavo ne trouvent pas que ce fut la plus amusante
des expériences de leurs vies ( ce que je comprends
) Qu'en pensez-vous?
Serj : Je ne pense pas que c'était une expérience
si terrible après tout, j'ai toujours des amis
de cette époque. Actuellement c'est une très
bonne école, Pilibos school à Hollywood,
la seule chose de différent, c'est que vous
êtes un peu isolé dans la communauté
et cela se ressent quand vous devenez indépendant
à l'âge de 17-18 ans, quoique.
Ayda : Ce n'est pas une école avec
juste des cours le week-end?
Serj : non, c'est une école à plein
temps.
Ayda : la première fois que j'ai vu
votre photo, je me suis dit " Oh, ces arméniens
surestiment leur petit groupe."
Serj : Je ne suis pas vraiment d'accord, mais c’est
pas grave, continuez. En fait, en ce qui concerne
l'art, les Arméniens croient en vous lorsque
quelqu'un d'autre vous apprécie. Par exemple,
nous n'avons jamais été dans la presse
arménienne alors que nous sommes déjà
apparus dans le Boston Globe ou le New York Times.
Les Arméniens sont comme les juifs, ils veulent
que leurs enfants deviennent des avocats, des docteurs
et je pense que cela vient du fait de savoir ce que
c'est d'être affamé, ils ne veulent pas
que leurs enfants soient des artistes, cela vient
du génocide, Les Arméniens sont un peuple
très artistique, d'après tous les gens
que je connais, c'est dans nos gènes. Beaucoup
d'arméniens sont intéressés par
l'art en dehors de leurs boulots quotidiens. Mais
les dernières générations n'ont
pas encouragé l'art à cause de ces raisons.
Maintenant nous faisons tout pour changer tout ça
dans la music et il y a quelques personne qui le font
dans les films.
Ayda : Etes-vous déjà allé
en Turquie?
Serj : Non
Ayda : Irez-vous en Turquie?
Serj : Je n’en suis pas sûr.
Ayda : J'ai entendu dire que vous êtes
allé en Turquie avec Slayer.
Serj : Nous tournions avec Slayer en Europe, et nous
avions un concert en Turquie et nous aurions du jouer
mais j'ai demandé "Serais-je autorisé
à dire franchement ce que je pense?" Ils
ont dis "non" j'ai dis" Bon et si je
dis clairement ce que je pense et que je suis arrêté,
est-ce que quelqu'un m'aidera?" ils ont répondu
"non, personne ne t'aidera." Et j'ai dis
"très bien nous contestons" et nous
n'avons pas joué en Turquie car premièrement
il est nécessaire de parler librement pour
nous et vous savez que ne sommes un groupe très
artistiquement et socialement conscient donc, nous
aurions parlé quelque soit le lieu où
nous aurions été. Deuxièmement,
avec le problème du génocide arménien
démenti, si je ne peux pas dire ce que je pense,
alors qu'aurais-je fais là-bas entant qu'artiste?
Ayda : vous devriez aller en Turquie.
Serj : Bolis ( Istanbul ) et la Turquie ne sont pas
la même chose.
Ayda : je sais.
Serj : Bolis est une ville très internationale.
Je peux y aller et jouer de la musique, n’importe
quoi, et je peux raconter ce que j’ai en tête
et les gens peuvent me comprendre, c’est cool,
et j’ai un cousin là-bas, et Arto, qui
est un de mes très bons amis est de là-bas,
mais je ne pense pas que Bolis représente la
Turquie, je pense que la Turquie représente
la Turquie. J’adorerais aller à Bolis,
j’adorerais voir Bolis, j’adorerais aller
en Turquie de l’Est et connaître les anciennes
églises arméniennes.
Ayda : Et Daron ?
Serj: Je ne sais pas, je n’en suis pas sûr.
Ayda : pouvez-vous nous en dire un peu sur
comment vous avez fini musicien au lieu d’un
businessman avec un diplôme de gestion. Ca dû
être une décision réfléchie.
Serj : J’ai juste suivi mon cœur. Je voulais
être dans la musique. Peut importe ce que je
faisais, peut importe où je travaillais. J’ai
décidé un jour que je ferais de la musique
un moyen de gagner mon pain.
Ayda : Quelles étaient les réactions
de votre famille ?
Serj : Vraiment bonnes. Ils m’ont appuyé.
Mes parents étaient tous les deux des artistes.
Ma mère dansait et mon père chantait.
Ayda : Comment Soil est devenu SOAD ?
Serj : Soil était un group de métal
très progressif. Nous avons joué pendant
8 mois, écrit beaucoup de musiques. Notre batteur
est parti, il était d’Hawaii, il est
reparti pour Hawaii. Dave, le bassiste de Apex Theory
était notre batteur. Shavo était notre
ami, il nous a rejoint, et nous avons trouvé
un batteur, Andy, qui est le chanteur de Apex Theory
aujourd’hui. Et nous avons eu un autre batteur
après Andy, John.
Ayda : Que s’est-il passé 8 mois
après ?
Serj : Daron, Shavo et moi avons commencé System
of a Down ensemble, tous les trois. Avec le batteur
Andy, on avait le concept d’un groupe, quelques
chansons commençaient, puis Andy parti et John
nous a rejoint un an après.
Ayda : Daron dit que l’important c’est
d’être un "groupe artistique".
Comment différenciez-vous un "groupe artistique"
de quelque chose de commercial ? Car il y a une chance
que tous les "groupes artistiques" deviennent
commerciaux.
Serj : Le commercial n’a absolument rien à
voir avec l’art. Un "groupe artistique"
peut être un "groupe artistique commerciale"
ou pas. Un est le fond l’autre est la forme.
Je pense que nous sommes un genre de groupe artistique
dans la manière de faire des choses comme ne
pas expliquer les paroles. Nous voulons que vous interprétiez
par vous-même, plutôt que je vous dise
ce qu’elles sont. Qui s’intéresse
de ce que je pense ?
Ayda : Je sais que vous n’aimez pas
expliquer vos paroles, mais de quoi parles X ?
Serj : Ne prenez pas littéralement ce que je
vous dis mais elle traite des aborigènes qui
pensent qu’on ne peut pas procréer parce
que le monde ne peut pas subvenir à lui-même.
Ayda : Daron a dit une fois : "le véritable
art est implicitement révolutionnaire"
qu’en pensez-vous ? Ca ressemble un peu à
ce que disait Einstein : "Ce n’est pas
de l’art si ce n’est pas révolutionnaire."
Serj : C’est vrai, oui, tout est révolutionnaire
car la terre tourne autour d’elle-même
aussi bien qu’autour du soleil. Nous sommes
en constante révolution. Nous sommes dans un
mouvement et un changement constant.
Ayda : Devons-nous comprendre "révolution"
dans ce sens précis, ou "révolution"
comme la révolution de 1789? Quelle type de
révolution s’agit-il ?
Serj : Quelle est la différence entre une révolution
d’une montre, la révolution terrestre
et une violente révolution comme la révolution
française ? Quelle est la réelle différence
?
Ayda : Si vous parlez au sens épistémologique
de la tradition occidentale, il y a une différence,
mais si vous parlez selon un point de vue Bouddhiste
ou Zen, il n’y a pas de différence.
Serj : Si vous assignez plusieurs points de vue, alors
vous regardez toujours les choses sous d’autres
angles, mais vous regardez la même chose.
Ayda : C’est le problème avec
la pensée occidentale en générale,
classer, décrire par des exemples. Vous appeler
un "groupe de rock arménien"est réducteur
pour votre identité.
Serj : C’est exactement ce que je n’aime
pas. La question favorite de Daron est "Qu’est-ce
qu’un "group de rock arménien"
?"
Ayda : Vraiment, qu’est-ce que c’est
?
Serj : Ca n’existe pas. (rires)
Ayda : Pouvez-vous me donner quelques chiffres
sur les ventes de vos albums ? Bien que je sache que
le premier a été disque de platine aux
USA.
Serj : Le premier a été disque de platine
aux USA et le deuxième multi disque de platine
aux USA et il marche vraiment bien en Europe et ailleurs.
Ayda : Il y a une différence évidente
entre le premier et le deuxième album. Le premier
est composé de longues chansons. Maintenant,
c’est presque que des chansons de 3 minutes
avec quelques phrases chocs.
Serj : En fait, si vous chronométrez les deux
albums, ils sont très proches, mais comme le
premier est plus progressif, vous avez l’impression
qu’il est plus long mais c’est une illusion.
Le deuxième a été écrit
de façon plus mélodique et plus harmonique
en ce qui concerne les riffs de Daron et ma voix.
Ayda : Daron dit qu’il est toujours
naturel dans son jeu. Qu’est-ce que ça
signifie ?
Serj : Qu’il n’utilise pas de pédales
à effets sur sa guitare, il réplique
les effets avec son jeu et le chant est plutôt
sec, il y a quelques effets d’arrière
plan, mais le chant est plutôt sec.
Ayda : Comment avez-vous commencez à
chanter ? A l’église ?
Serj : Non, j’écoutais tous les styles
de musique et quand j’étais enfant, je
chantais avec mon père.
Ayda : Est-ce que tout le monde jouait de
tout dans la famille ?
Serj : Mon père avait l’habitude de passer
des disques et moi je chantais avec les disques.
Ayda : Avez-vous reçut des cours de
chants ?
Serj : J’ai reçut quelques cours après
avoir chanté des années. J’ai
un ami que j’ai traîné pendant
un bout de temps, Mark Goodman. Il m’a aidé
à entraîner ma voix.
Ayda : Il y a-t-il quelque chose que vous
faites à votre voix ? Ca doit être difficile
de chanter deux jours à la suite.
Serj : J’ai juste besoin de repos, je ne fais
rien de spécial.
Ayda : Vous buvez quelque chose ? Du thé
?
Serj : De l’eau, des fois je bois du thé
avec du miel pendant le concert.
Ayda : Quels types de thés ?
Serj : Tous les types.
Ayda : Comment vous sentez-vous face à
la solitude ? Je veux dire toutes ces tournées.
Je sais que c’est presque un groupe "fraternel",
cela veut dire que vos amis et votre famille vous
manquent moins ?
Serj : Je ne ressens pas cette solitude. Le problème
des tournées c’est le manque d’espace
privé. Quand vous êtes chez vous, vous
avez une chambre à vous sauf si vous vivez
avec quelqu’un. Mais ici tout l’espace
est partagé. C’est confortable bien sur,
on a un bus pour l’équipe et un bus pour
le groupe, mais en même temps vous manquez de
place. Ca va pour deux semaines, mais pour deux mois
ça devient ennuyant.
Ayda : Comment gérez-vous toutes ces
personnalités ? Est-ce difficile ? Beaucoup
d’ego, etc.
Serj : On est des personnages assez différents
et on s’aime tous et on accepte chacun comme
une personne différente.
Ayda : Est-ce que ça pose des problèmes
quant à celui qui prend les d&eac="20" border="0">

Ayda : Comment gérez-vous toutes ces
personnalités ? Est-ce difficile ? Beaucoup
d’ego, etc.
Serj : On est des personnages assez différents
et on s’aime tous et on accepte chacun comme
une personne différente.
Ayda : Est-ce que ça pose des problèmes
quant à celui qui prend les décisions
?
Serj : On décide de tout démocratiquement
et comme des frères on se dispute sur ceci-cela
mais à force ça s’arrange et on
passe du bon temps.
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