|-- Sandy Masuo - guitar.com
(été 2000) -
Traduction : Camillou77,
Sugaaaar
et Gobolz
Interview originale en anglais ici.
Daron Malakian, le guitariste de System Of A Down
n’est pas une personne “people”,
et le fait que son groupe, qui a passé la plupart
de ces 2 dernières années depuis que
Columbia a sorti leur éponyme, ait commencé
à jouer leur musique pour un public croissant
un peu partout, n’a pas fait grand-chose pour
ses projets sur l’humanité. Pour lui,
l’intérêt de jouer du rock n roll
a moins à voir avec les adulations que le besoin
compulsif de créer. Il parle d'art et de musique
avec une ardente ferveur, de sa frustration avec les
paroles de System Of A Down mal interprétées,
des profondes frontières musicales sur le mépris.
Mais malgré ses tendances avares, sa passion
sincère pour la musique va au-delà –
et c’est cette passion (partagée avec
son équipe, le bassiste Shavo Odadjian, le
batteur John Dolmayan et le meneur Serj Tankian) qui
a conquis les adeptes de System Of A Down.
Tu produis un ensemble de sons de guitare impressionnant.
Je dois reconnaître que c’est grâce
à Shavo. Si Shavo était le type de bassiste
qui s’exploserait et qui ferait un solo de lui-même,
alors ce dont on serait en train de parler en ce moment
n’existerait pas. Il joue quelque chose de solide
au fond. Donc si je veux faire quelque chose qui n’est
bien riffé, j’ai un bon fond sur quoi
m’appuyer. La façon dont nous composons
nos chansons, nous faisons en sorte que ça
ressorte d’un groupe – cette partie ne
va pas, ça a besoin d’un peu plus de
quelque chose. On dirait que c’est vide. On
n’a aucune règles, aucune loi. C’est
de l’art. Si vous faites des règles,
des règlements, vous n’auriez jamais
eu votre Picasso, Salvador Dali ou n’importe
laquelle de ces personnes dans l’art. C’est
la même chose en musique. Si vous mettez en
place des règles pour vous alors vous ferez
quelque chose de générique. Normalement
les artistes qui intéressent les gens sont
ceux qui se risquent.
Est-ce
que tu es un musicien discipliné en termes
d’écriture et de musique? Est-ce qu’il
y a des choses spéciales sur lesquelles tu
te bases ?
Plus qu’un joueur de guitare, je me considère
comme un compositeur, donc c’est comme si je
voulais tirer avantage d’une chanson en écrivant
que je sais que c’est un magazine de guitare,
mais pour moi ce n’est pas seulement sur la
guitare, c’est sur les voix, sur la batterie,
sur la basse, sur la façon dont tout se mélange.
Tu
es plus concerné par les images.
La pure satisfaction de se présenter avec quelque
chose de nouveau. C’est ce que je veux faire,
je veux faire une différence. Ça peut
sonner « creux » - si oui va te faire
foutre, parce que je suis pas dans les « nullités
», je suis vraiment dans l’art. Parce
que je sens pourtant comme si l’art s’arrêtait,
ensuite tu en arrives au moment où tout le
monde fait pareil. Ils ont peur d’essayer ça,
peur de l’essayer parce qu’il ne vont
pas conclure de marché pour un disque, ils
ne passeront pas à la radio. Donc on arrête,
et là le monde s’arrête. Pour moi,
la question principale est d’essayer de mélanger
les choses, il y a eu tellement de genres différents
de musique dans les siècles et les millénaires
passés. La musique vient des frappements/battements,
comme quand les gens tapaient les pierres ou quelque
chose comme ça. Il y eu tellement de sortes
de musique. Tu peux prendre ton inspiration de là
et là-bas, prendre tes racines et toutes les
mélanger si tu as de l’esprit pour le
faire, si tu as les forces pour le faire.
C’est
un problème d’être sans peur.
La peur refermera votre esprit. C’est la chose.
Ça vous empêchera d’essayer, de
franchir des pas. Dans notre groupe nous avons cette
seule règle. Aucune idée n’est
stupide. Nous essayons tout. Si ça ressort
stupide, on saura que c’était pas dans
la « vibe ». Mais on doit essayer, toujours
essayer, je m’en fous de ce qu’en pensent
les gens. Il est possible que je sois le principal
compositeur de ce groupe mais tout le monde a son
mot à dire. Je fais quelque chose pour créer
une ambiance, mais tu ne peux pas y entrer, ma copine
peut venir et dire « eh, essaye ça ».
Je l’essaye et si ça marche sur la chanson
alors on le mettra dans la chanson. Je me fiche pas
mal de qui en pense quoi, tant que la chanson sort,
tant que ça sera une chanson, ça aura
du caractère, ça tiendra la route.
Est-ce
que tu étais dans beaucoup de groupes avant
System?
Mon groupe avant System, je ne pense pas que c’était
un mauvais groupe underground. On était plutôt
cool. On s’appelait Soil. Le son de ce groupe
a beaucoup de rapport avec le son de notre groupe.
Soil sonnait comme un mix de Rush, Zappa, Slayer,
Pantera, Soundgarden, tout ce que vous pensez aller
ensemble dans cette chanson de 10 minutes qui ont
commencé de cette façon et ont fini
par faire autre chose. On était vraiment un
bon groupe, et ça a donné naissance
a beaucoup de styles comme les utilise System maintenant.
Qu’est-ce
qui a changé entre Soil et System?
Après Soil, je me suis mis aux Beatles. Je
ne connaissait pas ce groupe, avant ça j’étais
seulement dans le métal. Mais les Beatles m’ont
fait réaliser la structure des chansons, en
mettant des choses dans 3 minutes – en les comprimant.
Proposer quelques choses, en tant que compositeur,
je pense que c’est la chose la plus dure dans
le monde. C’est facile de lancer des idées
parce que tu aimes toutes tes idées. Mais pour
faire de super chansons, tu dois parfois retirer des
trucs et ça c’est la chose la plus dure.
Quelle partie de la chanson peux-tu enlever pour qu’elle
soit super? C’est le plus grand des défis.
C’est
dur de te corriger.
Bien sûr. Mon père est un artiste, et
c’est là que j’ai appris cette
leçon, juste en regardant et en apprenant.
Mes deux parents sont artistes et quand mon père
avait l’habitude de faire ses peintures abstraites,
il aurait voulu parfois y mettre plus de trucs, et
en tant qu’artiste une fois que tu l’as
mis, c’est trop tard. Je l’ai vu foutre
en l’air tellement de peintures en y mettant
trop de choses et c’est comme ça que
j’ai appris que c’est parfois plus dur
de se retenir que pour balancer des idées.
Mais
tu veux pouvoir être capable de modifier la
gamme si tu choisis – être capable de
tout faire mais tu sais quand il ne faut pas. Il y
a une différence entre ne pas jouer et ne pas
pouvoir jouer.
J’aime bien avoir ce sac de farces. J’aime
bien l’avoir dans ma poche pour le sortir si
je veux. J’ai senti une fois qu’il y avait
une base dans la chanson, ça commence en posant
des questions. Parfois on te demande de jouer vite.
Et si tu commences à y insérer des choses
ça ne passera pas, je te les redonnerai, parce
que ça ne sonnera pas bien. C’est plutôt
comme ça qu’il te les repasse.
Votre
musique exige une bonne attention de ce point de vue
aussi. Ce n’est pas une mauvaise chose –
certains aiment ce challenge dans la musique –
mais vous n’avez pas peur que ça dégoûte
des personnes ?
Quelques personnes nous comprendront, d’autres
non. Ce que j’ai remarqué il y a longtemps,
c’est que si vous nous aimez bien, vous nous
adorez. Si vous ne nous aimez pas, alors vous nous
détestez. Et ça me va bien. Je vais
signer un marché pour un disque. Je savais
qu’on allait tourner pendant longtemps, mais
bon sang, c’était en 1998 et on est en
l’an 2000. Je ne pensais pas que ça serait
aussi long. Et le truc c’est que nous n’arrêtons
pas de tourner et dès qu’on aura fini
ça, on va enregistrer un autre CD et on recommencera
à tourner pendant 2 ou 3 ans. Mais tourner
est devenu maintenant une partie de ma vie. Je n’ai
pas choisi de jouer de la musique là où
j’allais obtenir mon succès. Quand Les
Claypool a formé Primus, je ne pensais pas
qu’il croyaient que Jerry était un vrai
bolide et qu'il allait finir sur MTV, mais ils écrivent
encore toutes ces chansons et ont fait la différence.
C’est le propos de System Of A Down. Nous voulons
faire une différence comme ça. C’est
marrant les comparaisons qu’on a – vous
les gars vous sonné comme Dead Kennedys mélangé
avec les Talking Heads qui a rencontré Korn,
qui a rencontré Faith No More. Genre 10 groupes,
et je suis comme « maintenant tu penses pas
qu’un mélange de ces 10 groupes est plutôt
un tournant unique ? »
Tu
l’as dit toi-même, les gens ont une relation
d’amour ou de haine envers System. Donc s'ils
l’ont, ils vous aimeront et si non alors tu
auras des idées fausses.
C’est tout simplement réjouissant. Ils
nous cataloguent de groupe politicien, alors qu’on
chante à propos de tout, comme du suicide jusqu’au
putain d’amour en passant par la politique et
la drogue. On chante sur tout. On ne limite pas nos
questions et on ne limite pas notre musique. C’est
le problème que j’ai quand les gens viennent
vers nous et nous demande ce que ça fait d’être
un groupe politicien. Les gens me demandent ce que
veut dire System Of A Down. Tout le monde veut que
tout soit écrit pour eux. C’est comme,
« qu’est ce que ça signifie pour
vous ? » tu le comprends. « De quoi parle
la chanson ? » les paroles sont plutôt
abstraites, tu te fais ta propre opinion dessus.
Les
gens sont plus à l’aise quand le monde
autour d’eux peut être interprété
noir sur blanc – peu importe combien de nuances
de gris il y a vraiment.
Je n’aime pas les gens en général.
Je pense qu’ils sont stupides.
Le
rock n'roll est un peu un travail bizarre pour un
solitaire (misanthrope à la base). Ce ne serait
pas le but de ce que tu fais ? Se connecter aux gens
?
Je pense qu’il y a quelques personnes que nous
touchons et je pense qu’il y a d’autres
personnes qui aiment la musique mais qui ne la comprennent
toujours pas. On est un groupe vraiment mal compris
dans beaucoup de sens. Comme le truc du Moyen-Orient.
Mon influence du Moyen-Orient en tant que compositeur
vient plus d'Iron Maiden que ce que fait n’importe
quelle musique du Moyen-Orient. Iron Maiden jouait
beaucoup de choses du Moyen-Orient. Si on était
quelques personnes blanches venant d’Angleterre,
ils ne parleraient probablement pas de tous ces trucs
du Moyen-Orient. Parfois je pense que le fait que
chaque membre soit arménien, c’est genre
« oh, c’est pour ça!». On
a une chanson appelée Peephole et elle rappelle
un air de valse. Il n’y a rien d’arménien
dedans et ce sont les mêmes personnes qui le
disent, qui voient une influence du Moyen-Orient mais
qui n’ont jamais écouté de musique
arménienne ou du Moyen-Orient. C’est
ce qui me fait comprendre que les gens qui me disent
ça ne connaissent rien à propos de la
musique arménienne ou du Moyen-Orient.
On
en revient aux choses noires et blanches. Les gens
veulent comprendre de quoi vous parlez par votre look
ou par votre nom au lieu de votre caractère
que ça soit une personne ou une musique. Les
gens n’entendent pas la balance dans superbe
musique comme celle du Moyen Orient car elle n’est
pas convenablement étiquetée. Mais tu
fais une remarque pour vous ramener à vos racines
arméniennes, et ça recrée des
trucs mal compris parce que la plupart des personnes
ne connaissent pas les distinctions ethnographiques
entre celles d’Arménie et celle du Moyen-Orient.
Je sais que ça fait partie du groupe, mais
en disant que c’est tout ce que nous faisons,
tu fermes nos portes. Ne les ferme pas parce qu’il
y a trop de choses qui se passent dans nos têtes.
Shavo remixe sur le côté tu sais, et
j’écoute beaucoup de sortes de musique.
Je n’aime pas être limité et les
musiciens, je pense, sont plus limités que
n’importe quel artiste. C’est comme si
tu sortais un CD et tout le monde l’aime. Ensuite
si tu ne sors pas la même CD, les gens seront
déconcertés. Par opposition à
être un artiste, tu pourrais souffrir à
travers ta période noire, ta période
bleue. C’est pour ça que quand tu écoutes
notre CD il y a une chanson gaie, ensuite il y a Spiders.
On voulait juste garder nos portes ouvertes pour qu’on
ai une chance d’examiner nos phases.
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