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Renaud Doucetian- Hard N'Heavy n°110 (avril 2005)
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Transcription : Nirvanalive
Duo Cosmique
Repoussé
plusieurs fois, c’est finalement le 16 mai prochain
que sortira Mezmerize, la nouvelle livraison de System
Of A Down. Premier volet d’un double album,
ce très attendu nouvel opus sera rejoint à
l’automne par son petit frère Hypnotize.
Afin d’écouter neuf des trente titres
qui figureront sur les deux disques, nous nous sommes
rendus à Los Angeles , le fief du groupe, où
nous y avons croisé Daron Malakian, le cerveau
de SOAD, qui nous a livré en exclusivité
les secrets de fabrication de ce monstre bicéphale.
La
première fois que nous avons rencontré
les System Of A Down (SOAD), c’était
en 1998, à la Locomotive de Paris. Fraîchement
signés chez American recordings (le label de
Rick Rubin) sur les conseils de Kerry King (Slayer),
les quatre musiciens avaient profité de la
venue promotionnelle de Slayer pour Diabolus In Musica
pour faire un petit tour en Europe et promouvoir leur
tout nouvel album tout juste disponible.
Aujourd’hui les choses ont bien changé…En
l’espace de deux albums (trois en comptant Steal
this album, constitué de chutes de sessions
de Toxicity), et grâce à son engagement
politico-socio-culturel toujours très virulent
à l’encontre de la société
américaine, SOAD est devenu l’un des
plus gros groupe de métal contemporain. Autant
dire que la sortie d’un nouvel album du combo
américo-arménien ne passe plus inaperçue…
Au point que la maison de disques n’a eu de
cesse, depuis septembre dernier, d’annoncer
des dates de sortie avant de se rétracter illico-presto,
les albums n’étant pas encore finalisés.
Et puis, la nouvelle est tombée il y a peu
: ce n’est pas un, mais deux albums que System
Of A Down s’apprête à jeter en
pâture à ses fans. Le premier, Mezmerize,
envahira les bacs le 16 mai prochain, avant qu’Hypnotize,
le second volet, ne prenne le relais à l’automne
2005. On savait le groupe – et notamment son
cerveau, le guitariste Daron Malakian -, bouillonnant
de créativité. Mais de là à
sortir deux albums à six mois d’intervalle,
il n’y avait qu’un pas dans la force de
frappe productive que le groupe vient de franchir
allègrement. Une démarche similaire
à celle de son illustre aîné,
Guns ‘N’ Roses, qui sortait, il y a plus
de dix ans, les deux volumes de Use Your Illusion…
Avant de lâcher ces deux pavés et de
se produire à Bercy le 1er juin prochain, les
musiciens, remontés comme des pendules arméniennes
à l’idée de reprendre la route,
se produiront lors d’une tournée des
clubs qui passera par le Trabendo de Paris le 7 Avril.
Vous ne rêvez pas, System Of A Down jouera bien
au Trabendo (une salle pouvant contenir un maximum
de 700 personnes) ! Autant dire que les places seront
chères… C’est dans un petit studio
perdu dans les collines d’Hollywood que nous
avons retrouvé un Daron Malakian tout sourire,
qui a accepté de faire la lumière sur
la génèse à rebondissements de
ces trente nouveaux morceaux formant les deux nouvelles
pierres à l’édifice SOAD.
Mezmerize, le premier volet de votre double
album, a été repoussé plusieurs
fois. Il devait initialement sortir en fin d’année
dernière mais ne verra le jour qu’à
la mi-mai 2005. Qu’est-ce qui a causé
ce retard ?
Daron Malakian : Ce n’est pas un retard puisqu’il
n’a jamais été question, pour
nous quatre, que Mezmerize sorte avant. Toutes ces
annonces préalables émanait de notre
maison de disques, qui souhaitait sortir l’album
le plus tôt possible. Notre management et notre
label étaient très excités à
l’idée de mettre ce disque sur le marché,
ce que je comprends, mais nous n’en avions pas
achevés le mix, il était donc impossible
de sortir quoi que ce soit avant. Je comprends que
System Of A Down soit une grosse priorité pour
eux, mais leurs désirs «commerciaux »
ne correspondent pas toujours à nos réalités
artistiques. L’album sort à la mi-mai
parce qu’il sera prêt à cette date,
tout simplement (rires) !
Pourquoi
avoir préféré sortir deux albums
sortant à six mois d’intervalle plutôt
que tout rassembler sur un double ?
Imaginez rencontrer trente personnes en même
temps…Difficile de pouvoir consacrer une attention
égale à chacune. De la même manière,
j’ai souhaité que les gens puissent avoir
le temps d’apprivoiser le premier album avant
de s’attaquer au deuxième. Nous nous
sommes avant tout préoccupés de nos
fans en prenant cette décision, et pas vraiment
de savoir si les deux disques allaient se retrouver
en concurrence. Ceux qui achèteront ces albums
doivent pouvoir se familiariser avec chacun des titres
qui la composent. Aujourd’hui, les gens ont
tendance à ne plus trop écouter de la
musique, alors que c’était encore le
cas il y a quelques années. Espérons
que ce genre d’habitude puisse changer…
Vous allez d’abord sortir Mezmerize,
puis Hypnotize. Des neuf titres que nous avons écoutés,
certains figureront sur le premier et d’autres
sur Hypnotize. Le track-listing de chaque album n’est
pas encore finalisé ?
Tout
est terminé aujourd’hui. Que ce soit
au niveau de la composition ou de la production. Enfin,
c’est vrai qu’il nous reste encore à
définir le track-listing de chacun des deux
disques. C’est d’ailleurs la raison pour
laquelle nous avons fait écouter à la
presse un panel des titres terminés, sans que
nous sachions encore lesquels appartiendront sur l’un
ou l’autre opus.
Considères-tu Mezmerize et Hypnotize
comme des entités à part entière,
ou envisages-tu les deux comme un ensemble?
Je
considère ces deux disques comme un ensemble.
La raison pour laquelle nous avons décidé
de scinder ces deux disques réside avant tout
dans une volonté de laisser aux fans le temps
de bien se familiariser avec tous ces titres. Nous
avons travaillé sur tous ces morceaux en même
temps, de la même façon, et c’est
la raison pour laquelle je considère ces deux
albums comme un tout.
L'Un
divisible
Il aurait donc été envisageable
qu’Hypnotize sorte avant Mezmerize…
Non
(rires) ! Du moins, pas de la façon dont c’est
agencé… Après avoir entendu le
second album, vous comprendrez pourquoi il se devait
de sortir après, et de quelle manière
il se trouve lié au premier, du point de vue
des émotions ou simplement des structures.
Si nous avions dû livrer Hypnotize avant, ça
n’aurait pas eu le même sens. Ca nous
paraît évident, à nous en tant
que groupe, et j’espère que les gens
saisiront le sens de cette démarche après
avoir écouté les deux. Mezmerize devait
sortir avant afin de permettre à l’ensemble
d’être le plus cohérent possible.
Chaque album possède bien sûr son identité
propre, et à travers chaque titre se dégage
une unité, mais personnellement, j’ai
composé ces deux disques ensemble, comme un
seul bloc.
As-tu envisagé la possibilité
de ne plus être satisfait d’Hypnotize
dans six mois ?
Oui,
et je l’espère même, car ça
n’en rendra mon futur travail que meilleur.
Je suis vraiment fier des ces nouveaux titres, mais
j’essaie toujours de me surpasser, de composer
de meilleures chansons, et j’espères
sincèrement qu’il y aura toujours des
éléments dont je ne serai pas entièrement
content pour pouvoir continuer d’avancer et
créer une musique toujours plus novatrice.
De cette manière, la pire chose qui puisse
arriver à un artiste, est de céder à
l’autosatisfaction…
N’est-il pas difficile de rester cohérent
musicalement, mais aussi au niveau des textes, lorsque
l’on compose autant de chansons ?
Non.
Nous composons, nous travaillons, nous jetons certaines
idées, nous en peaufinons d’autres, mais
jamais nous ne nous posons ce genre de questions.
Nous passons de la politique à l’amour,
parfois même au sein d’un même titre,
sans que ça nous pose le moindre problème.
Nous n’avions pas décidé de composer
autant de titres et de sortir deux albums conjointement.
J’ai beaucoup travaillé, j’avais
beaucoup d’idées différentes et
il s’est avéré que nous nous sommes
retrouvés avec tous ces morceaux. Etant donné
que je les ai toutes composées avec mes tripes
et avec mon cœur, la question de leur cohérence
ne s’est pas posé. Ce n’est qu’à
la fin du processus de composition que nous avions
largement de quoi remplir deux albums, et que le tout
se tenait parfaitement (rires) ! Ecrire des chansons
est quelque chose de très naturel pour moi.
Je préciserai même que je n’écris
pas de chansons, plus que ce sont elles qui viennent
à moi.
Ca ne doit pas toujours être très
évident de s’obliger à y mettre
un point final…
C’est
vrai, c’est un problème qui survient
généralement lorsque je compose chez
moi, avant que je n’apporte les titres au groupe
en studio. Me dire que c’est fini et que les
titres sont prêts n’est pas chose aisée
car j’ai toujours tendance à vouloir
améliorer. C’est pourquoi cette décision
est la plus difficile à prendre. Mais une fois
cette étape passée et le travail en
studio débuté, tout s’enchaîne
parfaitement.
Ca doit être plutôt difficile
de choisir le premier single, parmis tous ces titres,
non ?
Oui,
un peu, c’est vrai (rires) ! Après mûre
réflexion, nous avons opté pour «
B.Y.O.B » (pour « Bring your own Bombs
– ndr) car c’est un titre très
énergique qui représente assez bien
ma vision du groupe aujourd’hui. Maintenant,
si on parle de single au sens classique du terme,
je pense que nous avons pas mal de morceaux très
accrocheurs qui joueront parfaitement ce rôle
(rires) !
Confiance en lui
Tu as composé pratiquement toutes les
musiques, écrit une bonne moitié des
textes, coproduit l’album avec Rick Rubin…considères-tu
SOAD comme ton propre projet ?
Les
choses se sont toujours déroulées ainsi
au sein du groupe… Paradoxalement, je n’ai
jamais considéré le groupe comme mon
projet personnel. Disons que je travaille avec le
groupe et que, sans les autres, System ne serait pas
ce qu’il est aujourd’hui. Même si
c’est vrai que qu’aujourd’hui je
chante plus que par le passé, la méthode
de composition ne s’est, elle, jamais altérée.
Depuis notre premier album, je compose les titres
chez moi, et ce n’est qu’une fois finis
que je les présente au groupe. C’est
vrai que cette fois, en plus des mélodies,
j’ai écrit beaucoup plus de textes, simplement
parce que j’avais beaucoup de choses à
dire et d’émotions à faire passer
! Serj respecte ça, le groupe le respecte également,
car nous avons toujours fonctionné au feeling.
Les gars me font confiance et savent très bien
que si j’écris davantage de textes, ce
n’est pas pour me mettre plus en avant, mais
dans l’intérêt du groupe. Oui,
j’ai une part importante dans le processus.
Oui, je compose beaucoup. Mais c’est ainsi que
nous fonctionnons. Il n’y a pas de problèmes
d’ego entre nous. Chacun apporte sa pierre à
l’édifice, sans laquelle SOAD ne serait
pas ce qu’il est aujourd’hui.
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