C’est tout de même la première fois que tu enregistres toi-même la basse sur l’un de vos albums…
C’est vrai… Le fait est que j’ai joué les morceaux encore et encore, seul, chez moi, sans même penser à qui allait faire quoi. Et puis, je me suis rendu compte que ça sonnait plus massif avec mon son, et lorsque le moment d’enregistrer est enfin arrivé, nous nous sommes aperçus que ça prendrait énormément de temps à Shavo d’apprendre et de s’approprier les morceaux… Bien sûr qu’il aurait pu travailler les morceaux chez lui, mais la plupart sont plus techniques que par le passé, et le simple fait de les apprendre chez lui n’aurait pas suffit à obtenir le même rendu que nous souhaitions leur donner. Comme je maîtrisais parfaitement les morceaux, il s’est avéré plus judicieux que je m’occupe de l’enregistrement des parties de basse.


Pour produire Mezmerize et Hypnotize, tu as gardé intact ton tandem avec Rick Rubin (Daron et Rick coproduisent les albums de SOAD depuis le premier). As-tu toujours autant besoin de lui ?
Tout à fait. C’est vrai que je pourrais me charger seul de cette phase, mais j’ai besoin du regard de Rick, de son point de vue de producteur. Il me laisse la majeure partie du boulot car il sait que j’en suis capable, mais je suis tellement investi dans le groupe qu’il m’arrive parfois de ne pas avoir le recul nécessaire et j’ai vraiment besoin de son expérience sur les petits détails. Car ce sont bien souvent ce genre de petite broutilles qui, au final, font la différence. Il n’est pas si évident que ça, par ailleurs, d’établir une vraie relation de confiance avec quelqu’un. Alors, quand tu arrives à mettre en place une relation de ce type avec un producteur du calibre de Rick, tu ne vas pas t’arrêter de travailler avec lui du jour au lendemain. Même si me sentais capable de tout faire seul, je continuerai de collaborer avec Rick, pour une simple question de confort et de confiance en soi.


En parallèle au thème politique habituel de SOAD (« Cigaro », « B.Y.O.B », « Hypnotize »), on peut discerner des émotions très fortes d’un point de vue humain et personnel. Il semblerait que tu aies mis beaucoup de toi dans cet album…
Oui, c’est exact… Merci, je prends ça comme un compliment. C’est vrai qu’il y avait beaucoup de moi à donner (rires) ! Le monde devient complètement dingue, et je vis dedans. Il est donc évident que je m’en inspire… Ma famille vit en Irak… Nous sommes nous comportons de manière tellement ridicule aujourd’hui… Et ce ridicule fait découler de moi une tristesse infinie… C’est vrai que j’ai passé deux années assez difficiles d’un point de vue personnel, et ça se ressent forcément dans mes textes et dans les émotions que j’essaie de transmettre. Je conçois que je suis quelqu’un de fragile et que le monde qui m’entoure m’affecte beaucoup. Après, ce n’est qu’une question de mots, d’émotions et de mélodies…


Est-ce la raison pour laquelle tu chantes davantage ? On a le sentiment que tu as souhaité élargir votre panel d’émotions et que ta voix s’y prêtait mieux que celle de Serj…
C’est exact. Les chansons ont été construites ainsi. Elles nécessitaient cette urgence et cette dose d’émotions, et c’est vrai que ma voix et celle de Serj possèdent un registre différent mais complémentaire. Je ne dis pas que je souhaite chanter plus – ce qui n’est d’ailleurs pas le cas -, mais nous avons fait au mieux pour que les titres soient les meilleurs possibles. Lorsque Serj chante seul, c’est parce que le morceau le nécessite, lorsque je chante avec lui, c’est pareil, et lorsque je chante seul, c’est également pour qu’ils soient les plus à même de retranscrire l’émotion et le feeling avec lesquels je les ai composés. Tout fut une question d’équilibre, de juste milieu, et jamais nous n’avons pensé à autre chose qu’à la qualité de l’ensemble et à la justesse des émotions. Le groupe m’a toujours connu comme chanteur, et cette évolution représente simplement une mutation pour la bonne marche du groupe.


Musicalement, vous mettez en avant des iinfluences fort différentes, comme du jazz, de la world-music, de la folk, du funk sur le couplet de « Vinicity »et même de la pop sur le refrain de « B.Y.O.B »…
Tout découle d’un logique très honnête et très simple vu la diversité des artistes que j’écoute. Je ne m’assieds pas en me demandant ce que je vais bien pouvoir associer à tel ou tel passage… Tel plan de world-music peut m’apparaître après avoir écrit un texte, un refrain pop peut m’être inspiré par un vieux morceau que j’ai réécouté… Le tout est de rester cohérent et honnête avec mes émotions, et avec ma vision d’ensemble de ma musique. J’essaie beaucoup de choses, mais les expérimentations se font davantage au niveau des sons qu’au niveau des instruments en eux-mêmes. J’ai la chance de savoir assez rapidement comment retranscrire telle ou telle émotion et comment travailler tel ou tel arrangement. Je ne me prends pas la tête pendant des jours sur un son ou une ligne vocale, car j’arrive à avoir une vision globale assez complète de notre musique. Il est assez facile de savoir quand un groupe a choisi de mixer tel passage avec tel autre de manière assez calculée… Dans notre cas, il s’agit davantage d’une mutation naturelle, et ça ne m’est pas très évident à expliquer…


Trou du cru

Les passages heavy ont un côté plus cru, plus punk que par le passé…
C’est possible, Et je prends également ça pour un compliment car je suis un fan de punk. (rires) ! A mon sens, les plans heavy viennent de divers horizons, comme le punk, c’est vrai, mais également le trash des 80’s, le hardcore sur « Cigaro » ou « Attack »… Comme je te le disais, j’écoute énormément de choses différentes, et ça se retrouve forcément dans notre musique. Je peux très bien m’écouter Neil Young et enchaîne avec Darkthrone (groupe de black-métal norvégien au son très primaire – ndr) sans que ça ne me pose le moindre problème (rires) ! De cette multitude d’influences ressort quelque chose de différent mais également de très spontané car c’est difficile de chercher à tout prix un titre qui s’inspire à la fois de Neil Young et Darkthrone (rires) ! J’écoute aussi de la musique arabe, de la musique celte, de la country, de la pop, du hip-hop, simplement parce que j’aime la musique au sens large du terme. Je ne me force pas à m’intéresser à tel ou tel style musical parce que c’est mon métier et que je dois me tenir au courant. C’est juste parce que j’aime ça. A partir du moment où mes goûts sont si diversifiés, il me semble normal que toutes ces influences se ressentent dans ma musique. J’écoute du heavy-métal de la même façon que j’écoute du hip-hop. Je suis un artiste libre qui va où bon lui semble et je ne conçois pas les choses autrement.


Qui est le « trou du cul » qui a tué le rock’n’roll (cf. le titre « Kill Rock’N’Roll ») ?
Moi (rires) ! Parfois, quand tu veux essayer de sauver quelque chose, il faut que tu commences par le tuer, par le détruire…


Pour le réinventer ?
Je ne sais pas si c’est pour le réinventer, mais il faut bien souvent commencer par le détruire, y mettre fin…


A qui t’adresses-tu dans le titre « Lost in Hollywood » ? Te sens-tu perdu dans Hollywood ?
Disons que je vois beaucoup de gens qui s’y perdent, et ça me fait bizarre… J’y suis né donc je ne me sens pas perdu, mais j’essaie de me mettre à la place de ceux qui y vivent et qui ne sont pas chez eux. Ca doit être vraiment étrange…


Vous allez très bientôt effectuer une petite tournée des clubs, avec une date au Trabendo de Paris. Il semblerait pourtant que vous ayez envisagé d’annuler cette tournée promotionnelle suite au décès de Dimebag Darell…
Si nous avons envisagé de ne pas jouer ces dates, c’est parce que notre emploi du temps était surchargé ces derniers mois. Entre finir l’album ; la promo et tout le boulot inhérent à la sortie d’un nouveau disque, il y a de quoi s’occuper. Maintenant, je pense effectivement que nous allons nous produire prochainement dans des petites salles, histoire de faire monter un peu la sauce. Concernant Dimebag, je ne le connaissais pas personnellement, mais c’est vrai que sa mort m’a vraiment bouleversé. Nous faisons le même boulot, lui et moi. Alors imagine un fan venir à un concert pour tuer un musicien… C’est vraiment étrange.

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