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Stéphane Auzilleau - Rock Hard n°11 (mai
2002) -
Transcription : HxC
System Of A
Down : C’est la vie !
Certains
d’entre vous seront surpris que nous ayons décidé
de mettre System Of A Down en couverture de Rock Hard.
La raison en est double : d’une part ce groupe
nous a scotché avec un deuxième album,
Toxicity, dévastateur et d’autre part,
il nous a semblé, au vu des courriers reçus,
de vos référendums et de diverses discussions,
que les Américains ont cette incroyable et
rare capacité de réunir sous leur bannière
des fans de tous les styles de métal. Et soyez
persuadé que si System Of A Down est souvent
assimilé à un groupe de néo-métal,
c’est une grossière erreur !
La preuve tout de suite !
Nous
avons voulu en savoir plus sur ces mystérieux
musiciens qui ont su mêler d’aussi nombreuses
influences dans une musique tout à la fois
puissante et mélodique et vendre des albums
par brouettes (y compris en France) sans trop de promo
et sans aucun passage radio. Et surtout nous voulions
comprendre pourquoi les fans de Slipknot comme ceux
de Dream Theater ou de AC/DC pouvaient aimer, parfois
à la folie, System Of A Down. Nous nous sommes
rendus à Nancy pour interroger longuement Shavo
Odadjian, le bassiste du combo, avant le premier concert
français de la tournée Toxicity. Si
vous les avez loupés, nous ne pouvons que vous
recommander vivement de vous rendre à Lille
le 22 mai prochain (on parle aussi des Eurockéennes)
pour une séance de rattrapage. Mais laissons
la parole au loquace Shavo.
Le
passé : System Of A Down, un groupe de scène
RH
: Peut-on en savoir un peu plus sur le passé
de System Of A Down ?
Shavo : Nous sommes tous originaires de Los Angeles.
Au début des années 1990, Serj et Daron
jouaient dans un groupe et moi dans un autre. Nous
nous connaissions depuis le collège et nous
répétions dans les mêmes locaux.
Nous sommes devenus amis et, un beau jour, ils m’ont
demandé de les manager car ils appréciaient
ma façon d’appréhender les aspects
extra-musicaux. J’ai accepté. Peu de
temps après, leur bassiste les a quitté
et ils m’ont demandé de le remplacer.
C’était en 1994, je crois. Cela ne faisait
que sept mois que je jouais de la basse car j’étais
initialement guitariste. Mais ces deux instruments
ne sont pas si différents. Daron et moi étions
musicalement sur la même longueur d’onde,
même si nous nous faisions réciproquement
découvrir de nombreuses choses. C’était
très agréable et nous formions une véritable
équipe. Ensuite c’est le batteur qui
est parti. Et après trois mois sans lui, nous
avons décidé de démarrer un nouveau
groupe en changeant de nom et en repartant à
zéro au niveau répertoire. C’est
ainsi qu’est né System Of A Down. Ce
nom a été trouvé par Daron. Nous
nous sommes mis à composer de nouvelles chansons,
dans un esprit différent. Nous avions énormément
d’idées mais toujours pas de batteurs
! Nous en avons essayé une vingtaine, repérés
par petites annonces ou parmi nos amis, mais aucun
ne convenait. Nous avions déjà quelques
chansons et des idées assez claires de la façon
dont elles devaient sonner. Et nous sommes enfin tombés
sur John. Nous avons alors bossé comme des
dingues sur nos morceaux et nous sommes constitués
un répertoire de huit titres. J’ai ensuite
appelé tous les clubs de L.A. en leur expliquant
que je m’occupais de ce groupe et que nous étions
à la recherche de lieux pour jouer. Mais comme
il y a des tonnes de groupe dans cette ville, ça
ne s’est pas fait sans mal : la réponse
était invariablement la même : «
Envoyez-nous d’abord une démo…
», alors que, la plupart du temps, ils l’avaient
déjà ! Je les ai appelé tous
les jours jusqu’à ece qu’ils en
aient marre de moi. L’un d’eux a fini
par craquer et m’a dit : « OK, mais vendez
d’abord 75 tickets pour votre concert ».
Nous en avons vendu 150, ce qui les a impressionnés.
Ils nous avaient mis au milieu d’une affiche
de ska et ce fût le délire. Tous nos
potes étaient là, ils ont mis le feu.
En effet, comme nous répétions toujours
au même endroit, nos amis venaient nous voir
régulièrement, puis ramenaient des potes
à eux, qui eux-mêmes invitaient leur
pote à venir,etc. Au final, nous connaissions
pas mal de personnes et nous avions donc un public
avant de faire des concerts. Un mois plus tard, le
même type m’a rappelé pour me demander
de rejouer chez lui. Et cette fois-ci, nous avons
vendu plus de 200 tickets. A partir de ce moment-là,
plus aucun propriétaire de club ne nous a demandé
de vendre des tickets avant de nous engager. Ils nous
connaissaient et savaient que nous avions un petit
following dans la ville. Nous avons donc joué
dans tout ce que Los Angeles compte de clubs. Nous
avons fait de très nombreuses premières
parties de groupes établis jusqu’à
ce que nous décidions nous aussi d’assurer
des shows en tête d’affiche. Nous n’avions
plus besoin de nous raccrocher à des groupes
plus importants. Durant cette période, énormément
de formations se faisaient signer et nous avons reçu
de très nombreuses offres que nous avons systématiquement
refusées. Ca a duré ainsi pendant deux
ans car nous ressentions le besoin de nous développer,
de construire quelque chose de solide. Et, en 1997,
Rick Rubin est arrivé. Après l’écoute
d’une seule démo, il a dit : «
Je veux signer ce groupe ! ». Nous avions cette
offre de Sony, avec Rick, mais nous avions également
des propositions de MCA Universal, RCA, Atlantic,
Warner. Le truc, c’est que quand Rick a dit
« oui » dès la première
écoute, nous avons senti quelque chose de différent.
C’est un artiste. Il n’a pas hésité
une seconde : c’était l’homme qu’il
nous fallait. Notre but n’était pas de
nous faire signer pour gagner beaucoup d’argent,
ou devenir des rock stars. Nous voulions simplement
faire notre propre musique. Et Rick a bien compris
cela. Daron et moi sommes des fans de métal
et de rock avant tout. C’est toute notre vie
et nous voulions avoir l’opportunité
de faire de la musique à notre manière.
Rick nous a offert cette chance. Nous avons donc signé
et enregistré un album avec lui, qui est sorti
en 1998. Nous sommes ensuite partis en tournée
avec Slayer. Nous avons fait énormément
de dates avec eux, aux USA et en Europe. Ensuite,
nous avons été engagé sur la
Ozzfest. Au total, nous avons tourné pendant
trois ans sans jamais nous arrêter. Cela peut
paraître fun mais ça ne l’est pas
toujours. Les premières semaines sont fantastiques
mais rapidement ta maison te manque. Tu veux retrouver
ta famille, ton lit etc. Mais c’est aussi notre
vie d’être sur la route. Le moment est
ensuite venu d’enregistrer un nouvel album mais
il nous a fallu pour cela retourner chez nous. Nous
ne pouvions pas composer un disque alors que nous
étions en tournée. Nous avons donc travaillé
tous ensemble en studio et fait un album en groupe.
Daron est un fabuleux compositeur, doublé d’un
talentueux arrangeur. Il a composé des titres,
Serj aussi, et moi également. Au total, nous
disposions de 33 chansons pour ce nouvel album.
RH
: Qu’est-il donc arrivé aux 19 qui ne
se trouvent pas sur Toxicity ?
Shavo : Elles ne sont pas oubliées. Nous sommes
un groupe, pas des faiseurs d’albums. Ainsi,
par exemple, nous allons ce soir jouer un titre que
vous n’avez jamais entendu. Au total, nous disposons
d’un répertoire de plus de 50 morceaux
dans lequel nous piochons lors de nos concerts. Nous
sommes ensembles depuis huit ans. Après huit
ans de carrière, un groupe comme Kiss était
déjà sur la pente descendante et avait
sorti au moins dix disques. Nous voulons faire les
choses à notre manière, dans tous les
domaines, de la production de nos albums à
la réalisation de nos vidéos, de notre
marketing à nos relations avec la presse. Nous
choisissons les journaux auxquels nous accordons des
interviews. Nous souhaitons réellement contrôler
notre carrière. Cela nous semble tellement
important d’avoir cette maîtrise. Nous
ne voulons pas être un produit ou le jouet d’une
maison de disque. Nous ne souhaitons pas ressembler
aux Backstreet Boys. Cela nous effraie. Bref, tout
ça pour dire que nous avons pris notre temps
pour faire l’album que nous voulions réaliser.
Et nous sommes repartis en tournée ! Et cette
fois-ci, nous sentons que nous avons franchi une étape
importante.
RH
: Vous jouez effectivement dans des grandes salles
comme ces deux Zénith (Paris et Nancy) en France,
ce qui est assez peu commun pour un groupe qui n’a
sorti que deux albums…
Shavo : C’est vraiment super. Et cela nous conforte
dans l’idée que nous avons fait le bon
choix, que nous avons eu raison de vouloir maîtriser
notre carrière et d’agir à notre
manière. Et nous continuerons à conserver
ce contrôle total.
RH
: Maintenant que vous vendez des millions de disques
et que vous remplissez de très grandes salles,
n’avez-vous justement pas peur de perdre le
contrôle de votre carrière ?
Shavo : C’est déjà un peu le cas
même si nous nous battons pour maîtriser
tout cela. Mais c’est effrayant. Nous faisions
notre maximum et le jour où nous sentirons
que les choses nous échapperont de trop, nous
nous arrêterons, du moins momentanément.
Jusqu’à ce que nous reprenions le dessus.
System Of A Down n’est pas un produit, ne correspond
pas à une mode. Nous nous foutons d’être
un grand groupe tant que nous avons l’opportunité
de composer et de jouer notre propre musique. Nous
n’avons pas pris de train en marche. Plusieurs
modes sont déjà passées et nous
sommes toujours là.
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