|--
Nathalie Vincent - Rock One n°10 (mai 2005) -
Transcription : Sugaaaar
Mercredi 6 Avril fut une journée pas vraiment
banale dans la grisaille parisienne, System Of A Down
était en ville et certainement pas pour faire
les choses à moitié. 11h30, rendez vous
dans un hôtel luxueux de la capitale pour écouter
« Mezmerize », le nouvel album de System
et premier épisode d’une bilogie. A peine
le temps de se prendre une claque monumentale que
nous revoilà de retour à l’hôtel
pour interviewer Daron Malakian, guitariste-compositeur-songwritter
pour ne pas dire tête pensante de SOAD.
Autant
dire que ce fut tout simplement une journée
SOAD, « Je sais ce que tu ressens. Bienvenue
dans ma vie (rires) » nous accueille Daron.
Et à l’image du personnage, l’interview
part un peu dans tout les sens et certainement pas
dans la direction prévue. Effectivement, après
avoir écouté « Mezmerize »,
l’envie de proposer un titre par titre nous
a plus que légèrement chatouillé
l’esprit. C’est donc d’un air assuré
et engaillardi que nous lui soumettons l’idée.
Juste honnête
Daron
Malakian : Habituellement je n’aime pas vraiment
parler de ce que je fais. En fait, c’est difficile
pour moi d’expliquer les chansons. Chacune arrive
différement mais toute ont une seule signification,
une importance à mes yeux.
Oui
mais tu sais, il y a des gens qui bossent dur pour
essayer de faire quelque chose qui a l’air si
facile pour toi…
Oui
peut être. Je pense que les gens devraient essayre
de faire quelque chose qui leur corresponde, qui soit
vrai pour eux et ils y arriveront plus facillement
plutôt que d’essayer de faire quelque
chose d’autre, du genre de ce que nous faisons
(rire). Je serai très triste de voir trente
groupe sonner comme System Of A Down. Je préfère
voir des gens qui m’influencent en faisant quelque
chose de différent, pas quelque chose que je
fais.
Euh…
donc tu es sur que tu ne veux pas parler de tes chansons
?
Vas-y
(rire) ! Je te rends nerveuse.
Très
bien, parlons de BYOB…
En
fait, je préfèrerai entendre ton avis,
plutôt que le mien. Sérieusement. Dis
moi ce que tu ressens en écoutant cette chanson
et je te dirais que c’est exact car c’est
ton sentiment (rire)
Maintenant
tu me rends nerveuse !
Désolé,
je suis juste honnête.
En
même temps, c’est frustrant de n’avoir
écouté l’album que deux fois…
Ecoutes,
vas y et je te dirai si j’ai envie de répondre
ou pas.
Disons
que BYOB, se présente comme du pur System,
avec des choses en plus, du moins au niveau vocal
et quelques éléments hardcore au niveau
des accélérations. Et toujours, ce sentiment,
que j’ai aussi au long de l’album, ce
sentiment d’urgence.
Cool,
merci
Socialement
concerné
Au
niveau des textes, peut-on dire que c’est la
chanson le plus socialement concernée ?
J’aime
le fait que tu dises « socialement concerné
» plutôt que politique, car je crois que
ce dont nous parlons est bien plus social que politique.
On parle aux gens qu’on voit tous les jours,
pas au gouvernement. Pour BYOB, je me souviens que
j’étais assis chez moi devant la télé,
et j’ai vu des pubs pour l’armée
qui sollicite les jeunes du pays. Et, de cette idée
sont nées d’autres pensées, mais
c’est à partir de là que je me
suis mis à réfléchir, et à
me demander : "Why don’t presidents fight
the war ?" ce qui m’a amené à
me demander : qui part à la guerre ? Réponse
: les pauvres. Mais je n’y pense pas tout le
temps. A la maison, je passe mon temps à jouer
de la guitare une heure ou deux, je monte au premier
étage pour jouer de la batterie et je redescend
faire du clavier. Et, dans ces moments, je ne pense
pas. Si je pensais, les chansons ne viendraient pas.
Quant au niveau des influences, j’écoute
tellement de groupes différents. Je ne veux
pas jouer que du rock ou du metal. Je veux apporter
tout ce que je vis, la musique qui m’influence
et la vie que je mène. Même pour ce qui
est des lyrics, on ne parle pas que de choses politiques
et sociales, on parle aussi de choses personnelles
sur cet album. C’est comme ça que je
vois les choses. Même de par le passé,
nous n’avons jamais fait quelque chose d’unidimensionnel.
Nous ne véhiculons pas une seule pensée
mais des tas d’émotions différentes,
nous ne nous sommes jamais dit : « essayons
d’être plus heavy ». Pour être
honnête avec toi, nous n’avons de toute
façon jamais essayé d’être
plus heavy.
Un groupe de
rock
Vous
n’essayez pasmais vous réussissez !
Je
crois oui. Mais je ne nous considère pas comme
un groupe heavy, je nous considère simplement
comme un group de rock avec des influences metal,
certes, mais avec tellement plus d’éléments.
Les gens aiment se concentrer sur seulement un aspect
ou deux comme la politique et le metal. Je trouve
qu’il y a quand même bien plus de choses
à dire. Si je te montrais une liste de nos
chansons que je préfère dans l’ordre
croissant, j’en choisirais beaucoup qui ne parlent
pas de politique.
Dans
ce que j’ai lu sur System ces derniers mois,
il est vrai que les gens ne développent qu’assez
peu d’aspects de votre musique. Ils aiment citer
des groupes comme Led Zeppelin ou Venom. Or, en écoutant
« Mezmerize », je n’ai pas vraiment
trouvé ce dont ont pu parler les journalistes…
Tu
sais, c’est très dur pour moi quand quequ’un
me demande de dire ce que j’écoute. Je
ne peux pas. Je vais lancer deux ou trois groupes
et le mec va écrire que l’album a été
influencé par ces deux ou trois groupes. Venom,
Dark Throne et les Beach Boys (rire). Il aura raison,
mais il y a plus que ça.
En
même temps, il y a les groupes que tu aimes
écouter et qui ne t’influencent pas forcément
autant qu’un film, un livre, une conversation…
Oui
tu as raison. Mon père est peintre, tout à
l’heure un magazine de guitare m’a demandé
quel guitariste m’influençait le plus,
je n’en ai pas. J’ai mon père,
il m’inspire tellement en tant qu’artiste,
et il ne joue pas de guitare, mais il influence mon
jeu de guitare, ma musique. La vie en général,
les films, la poésie, l’art, la musique,
les images dans ma tête… il y a tellement
de choses qui peuvent influencer une seule chanson.
Et je n’y pense même pas, je laisse venir.
Les gens me demandent pourquoi ces changements de
rythme de batterie ou de breaks dans telle ou telle
chanson. Je n’en ai pas la moindre idée.
Je ne sais pas lire une partition, j’ai toujours
échoué en cours de musique à
l’école. Je ne sais rien faire à
part exprimer mes émotions à travers
la musique. C’est tout ce que je sais faire,
je ne sais pas lire la musique ou compter une mesure.
C’est comme si j’avais de l’argent
et que je ne savais que le dépenser mais pas
le compter (rire).
Tu sais, en même temps les gens ont
tendance à essayer de décortiquer ta
musique car ils ne croient pas que ça vienne
aussi naturellement…
Les
journalistes croient ce qu’ils veulent mais
la vérité est que je ne m’assois
pas en essayant d’écrire un riff, un
break, une ligne de chant ou une partie de batterie.
Je n’ai pas besoin d’essayer d’écrire
un riff. Un riff c’est facile, je peux en écrire
un tout de suite pour toi. C’est quelque chose
de simplissime. Le plus gros défi pour moi,
dans System Of A Down, est de faire quelque chose
que quelqu’un ferait en vingt minutes, en deux
minutes trente, je parle en terme de chanson, pas
d’opéra. Pour moi, c’est le plus
difficile. J’ai plein d’idées et
je pourrais toute les lancer. Quand j’étais
gosse, j’ai appris beaucoup de mon père.
Parfois, il avait ses peintures qu’il essayait
d’arranger en rajoutant des couches de couleur
par ci par là et il en mettait trop, ça
ruinait l’œuvre. J’ai vite appris
combien il est important de canaliser tes idées
tout comme il est important de les exprimer. En tant
qu’artiste, tu veux vraiment utiliser tout ce
que tu as dans la tête, et c’est comme
ça que tu peux en faire trop. Tu commences
à penser à ce que tu veux faire et non
pas à ce que la chanson veut de toi. Si un
bébé pleure, tu ne lui donnes pas ce
que toi tu veux mais ce dont il a besoin pour qu’il
arrête de pleurer. C’est comme ça
que je vois le songwritting en général.
--
Haut de page
--
SUIVANTE
>>