Donner des directions

Et chanter, c’était un défi de faire autant sur cet album ?
Non, en fait, beaucoup de gens ne savent pas que quand Serj et moi nous sommes rencontrés, j’étais chanteur et lui clavier. Je ne voulais plus chanter et, lui, il en avait envie. C’est comme ça que ça a commencé. Personne, dans system, n’est surpris que je chante plus car, dans l’histoire du groupe, j’ai toujours écrit des textes. Je n’ai jamais été le guitariste qui arrive en répèt et dit aux autres : « voilà j’ai un riff que j’ai trouvé, faites en ce que vous voulez ». J’ai toujours amené des chansons entières. Ce n’est pas une grosse surprise c’est naturel. Si tu regardes le premier album, je chantais un peu, puis un peu plus sur le deuxième et encore plus sur celui-ci, c’est une progression naturelle. Je ne voulais pas me mettre en valeur par rapport aux autres membres ou quoi que ce soit de ce genre. Je voulais juste m’investir dans un groupe au sein duquel tout le monde s’investit, sinon je ferais de la musique tout seul. J’aime faire partie de System Of A Down et mon rôle dans le groupe consiste à donner les directions de la musique. Je ne me concentre pas sur grand chose d’autre. Je laisse beaucoup de place aux autres membres du groupe, Shavo s’occupe de la production des concerts par exemple.

Du coup ça te dérange quand on dit que tu es la tête pensante de SOAD ?
C’est probablement vrai. Je suis le mec qui oriente la musique vers une direction bien précise. Mais il y a d’autres aspects du groupe qui me concernent, pas forcément musicalement. Il est vrai que pour la musique j’aime diriger les choses. Je mentirai si je ne l’admettais pas.

Tu as toujours guidé le groupe ainsi ou est-ce que ça a évolué avec le temps.
Ça a toujours été comme ça, j’ai coproduit « toxicity » et « Steal this Album » avant Mezmerize. Ce qui est différent aujourd’hui, c’est que j’écris plus de paroles et je chante plus mais ça ne veut pas dire que je n’écrivais pas avant. J’ai toujours écrit les lignes de chant, j’ai toujours orienté Serj avec sa voix. Avant quand j’écrivais des textes Serj les chantaient. Aujourd’hui, je lui laisse un peu d’air pour écrire des textes. Ces dernières années, il y a certaines choses qui sont arrivées dans ma vie, le monde a changé, j’ai eu pas mal de soucis. Ma famille a été en danger, une partie vit en Irak. Le groupe a compris pourquoi j’avais besoin de m’exprimer davantage. Il n’y a aucun conflit, aucun problèmes d’ego, nous sommes au dessus de ça.

Tu peux me parler de Old School Hollywood. C’est une chanson surprennante avec ses éléments très 80’s…
J’aime cette chanson car elle explore un son que nous n’avons jamais eu avant. Elle ouvre une porte à System Of A Down vers d’autres univers à explorer. Cette chanson parle d’une journée vraiment étrange que j’ai passé avec les personnes que je nomme dans la chanson. J’ai joué au base-ball avec eux, Tony Danza, Jack Gilardi qui est l’agent de Tony. Le fait d’avoir passé une journée avec eux m’a inspiré une chanson le soir même quand je suis rentré chez moi, comme jele fais avec tout ce qui défile dans ma vie. Je pense que je m’exprime beaucoup mieux par la musique qu’en parlant. Je crois que voir un psychanalyste ne m’aiderait sûrement pas plus qu’écrire des chansons. Quand j’ai écrit Old School Hollywood, j’écoutais pas mal de Kraftwerk et j’essayais de mettre ce genre de sons dans notre musique. Je crois que nous avons réussi car cette chanson garde vraiment la patte System Of A Down tout en ayant quelque chose de vraiment nouveau et différent.


Le coté sale et glauque

Parles moi un peu de Lost In Hollywood, une chanson douce où tu chantes le plus…
C’est une chanson importante pour moi personnellement. Elle me ramène à mon enfance. Je voyais les gens marcher dans la rue à Hollywood, attendre le bus et je m’inventais plein d’histoires sur eux sans les connaître. J’imaginais d’où ils venaient, même si ça devait être totalement faux (rire). Mon histoire avec Hollywood est un thème que l’on retrouve plusieurs fois chez SOAD, c’est là que j’ai été élévé. Lou Reed écrivait sur New York, il avait une passion pour cette ville et la vie de ses rues, je ressens ça aussi pour Hollywood. Je décris le côté sale et glauque de cette ville d’autant plus qu’elle a une image tellement glamour. Quand je dis que j’ai grandi à Los Angeles, les gens s’imaginent que je vois des stars tous les jours. Tout ce que je vois, ce sont des prostitués, des dealers et des maquereaux (rires), tout sauf des acteurs de cinéma. C’est un sujet certainement plus important pour moi que pour le reste du monde, mais bon. Certain des thèmes abordés chez System Of A Down concernent plus des problèmes mondiaux, mais là, c’est plus personnel.


Ma religion à moi

Au niveau des lyrics d’ailleur, cet album est plus schizophrène que jamais. J’aurais du mal a arriver vers toi et te demander dans quelle humeur tu étais quand tu as écrit une telle chanson car tu me répondrais « tellement d’humeurs différentes » …
(Rires) Je ne suis pas responsable de la plupart de mes chansons. Elles me viennent d’un coup comme les personnages de dessins animés qui voient apparaître une ampoule au dessus de leur tête. Je ne sais même pas de quoi je parle quand j’écris, il me faut du temps avant de saisir toute leur signification. C’est pour ça que c’est aussi difficile pour moi de parler des chansons parce que je ne sais pas toujours de quoi elles parlent exactement. Dans un an, je pourrais peut être te dire de quoi j’ai voulu parler dans Mezmerize. Les chansons sont là, elles volent autour de moi et viennent à moi. Si, un jour, je suis triste, j’écrirais peut être même la chanson la plus joyeuse de ma vie. Je n’ai aucune idée de comment ça arrive quand ça m’arrive. Je suis juste dévoué à ce que je fais, je puise l’inspiration en vivant. La musique est ma religion. Si tu es quelqu’un de religieux, tu vas prier. Ma religion à moi, c’est la musique. Je ne vais pas me la jouer en gueulant « Rock’n’roooooll », je dis juste que ma vie, mon cœur et mon âme sont la musique et je prie beaucoup. Quand je prie, je me rapproche de mon Dieu et il me parle, et les chansons naissent. Je ne peux pas prendre de grosse responsabilité pour ça car je ne fais que retranscrire ce qui vient vers moi. Voilà mon « secret de fabrication »

Comment réagirais-tu si les gens te considéraient comme un génie du fait de ce que tu parviens à faire. Car tu sais que les gens ne vont peut être pas croire à tout ça, le côté « je ne fais pas exprès »….
Tu me crois toi (rires) ?

Je crois que si les gens m’appelaient génie, j’aurais très peur et je me renfermerais encore plus sur moi même… tu n’es pas un génie !
Merci (rires)


Du racisme musical

C’est vrai qu’aujourd’hui les gens écoutent tant de musique prémachée et « facile » que ta démarche peut étonner…
Je ne crois pas à la ségrégation de la musique, je ne crois pas à différents types de musique tout comme je ne crois pas à des gens différents. Il y a un rascisme musical ambiant en ce moment, genre : »j’écoute du metal, du heavy metal et je chie sur le rap parce que je suis metal ». Pour moi, toutes les musiques sont les mêmes, seuls les instruments changent. Si tu joues du classique avec un groupe rock, ça donne du heavy metal. Si tu joues du Beethoven avec un son metal, tu fais du metal. C’est pour ça que je ne vois pas beaucoup de différence dans la musique. Quand j’en parle, j’essaie toujours de parler de toutes les musiques, d’évoquer plusieurs languages avec une seule voix, car tous ont le même message. Tu parles français, je parle anglais, mais nous pouvons tous deux dire la même chose.

Parlons d’une des chansons les plus « crues » de l’album, Violent pornography...
De quoi penses tu qu’elle parle ?

La télé, les médias, la violence…
Oui, c’est un des thèmes, mais il y en a d’autre. Je pense simplement que cette chanson parle de nous. Ça parle davantage de combien nous sommes proches des animaux affamés de sang. Les raisons pour lesquelles on diffuse de telles images à la télévision, c’est parce que nous aimons regarder.

Tu vas jouer demain et le fait de jouer sur scène. Est-ce aisé de te concentrer et te ré-immerger dans les chansons ?
Je ne suis absolument pas conscient de ce qui se passe quand je suis sur scène. Je ne me concentre pas sur ce que je joue. Parfois, des gens me demandent comment je fais pour bouger de telle façon et jouer en même temps, je n’y pense même pas (rires). Mon esprit, mes doigts et mes muscles savent quoi faire, je leur fais confiance. Quelque chose se passe sur scène mais je ne sais pas ce que c’est. Je suis une personne bien plus sure d’elle sur scène que je ne le suis dans la vie. Je suis bien plus à l’aise devant cent mille personnes avec ma guiter qu’avec une seule et sans instruments.

 

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