Shavo,
est-ce que cela n’a pas été frustrant
de voir la majorité de tes lignes de guitare
basse enregistrée par Daron ?
Shavo : Justement, j’aimerais clarifier ce point
car j’ai l’impression que toute cette
histoire a été très rapidement
déformée par les médias…
J’ai eu une part active dans l’enregistrement
de cet album, et ce dès le début. J’ai
répété tous ces morceaux avec
le reste du groupe, mais ils avaient presque tous
été écrits par Daron, qui avait
une vision très précise de ce qu’il
voulait en termes de son. Or, je dois t’avouer
que notre conception de comment la musique de System
devrait sonner était alors assez différente
: j’aspirais alors à quelque chose de
plus groovy alors que lui visait un style de jeu très
précis et carré…
Penses-tu
que cela vienne du fait qu’à la base,
tu es avant tout un guitariste ?
Shavo : Je n’ai effectivement commencé
à faire de la basse qu’à partir
de l’âge de 20 ans et c’était
par pure nécessité. Je jouais alors
dans un groupe pour lequel nous n’arrivions
pas à trouver le bassiste qui convenait ; et
j’ai fini par m’y mettre afin que nous
puissions enfin avancer un peu… Mais pour revenir
sur le fait que je n’ai pas joué sur
tous les morceaux de Mesmerize/Hypnotize, non, cela
n’a rien à voir. Nous sommes une équipe.
Et ce qui est bon pour le groupe est bon pour moi.
Les parties de basses enregistrées par Daron
convenaient mieux que les miennes et nous les avons
conservées. Mais je tenais juste à souligner
que cela ne signifiait pas que je n’avais pas
participé à ce disque, bien au contraire
!
Mais
vu que ces 2 albums sont avant tout la vision de Daron,
était-ce facile de se sentir concerné
?
Shavo : Je dois avouer que durant les 1er mois de
l’année 2004, je n’étais
pas trop impliqué dans Sytem. J’avais
pourtant monté le groupe avec Daron et Serj
en 1995, mais je me suis senti pendant une courte
période un peu… dépassé.
Il y avait une sortie de décalage entre nous
et nos ambitions, si tu vois ce que je veux dire [silence].
Après avoir passé 2 ans sur les routes
ensemble, tout le monde s’était éparpillé
à droite et à gauche et, pendant un
temps, la notion de ‘groupe’ était
devenue assez floue. Ce qui nous a réunis malgré
tout, ce fut des nouveaux morceaux. Et d’ailleurs,
depuis quelques mois, nous nous revoyons comme la
bande de potes que nous étions, et nous sommes
plus unis que jamais. Le vrai test a été
ces quelques dates que nous avons faites pour le festival
itinérant australien Big Day Out, en janvier
dernier. Mine de rien, cela faisait longtemps que
nous ne nous étions pas retrouvés tous
ensemble sur une scène. Mais au bout de 5 minutes,
l’alchimie naturelle qui existe entre nous s’est
remise à fonctionner plein régime. Et
là, c’était comme si j’étais
dans une nacelle en train de monter la 1ère
pente d’une montagne russe : je sais que cela
va secouer sévère. Mais en même
temps, je suis très excité !
D’ailleurs,
si les activités de Serj et Daron entre ces
2 albums ont été sous les spotlights,
on ne sait par contre pas grand-chose sur ce que tu
as fait durant ce long break…
Shavo : J’ai volontairement été
assez discret, mais cela ne veut pas dire que je n’ai
rien fait, bien au contraire ! Je crois que j’avais
juste besoin de me mettre au service d’autres
artistes. J’ai donc réalisé quelques
clips et je me suis même mis à la production.
Je travaille d’ailleurs, à l’heure
actuelle, avec un groupe de Los Angeles qui s’appelle
« The Bloom » et où tu retrouves
3 ex-Soulfly, à savoir Marcello Rapp, Mike
Doling et Roy Mayorga. Et crois-moi, cela va exploser
!
American
idiots
Toxicity
est sorti quelques semaines avant le 11 septembre.
Ces évènements ont instauré un
climat de suspicion et de peur aux Etats-Unis qui
a forcément dû peser sur votre façon
d’écrire, non ?
Serj : Tout le monde dit que le monde n’est
plus le même depuis le 11 septembre. Or, ce
ne sont que des conneries ! Les Etats-Unis ont changé,
certes, mais pas le reste du monde. Il y a toujours
les mêmes guerres de religion, les mêmes
intérêts géostratégiques,
les mêmes politiciens véreux…
Mais
le fait qu’un sondage récent prouve que
les 2/3 des Américains croient encore aujourd’hui
que Saddam Hussein est derrière ces attentats,
bien que l’on n’ait trouvé aucune
arme de destruction massive en Irak, doit vous interpeller
en tant qu’artistes, non ?!
Serj : Oui, car cela prouve qu’ici, les médias
généralistes n’informent pas,
mais font du lavage de cerveau ! Regarde Fox News
: c’est la chaîne du tycoon des médias
Rupert Murdoch, et il s’en sert pour soutenir
ouvertement le gouvernement Bush ! Donc, oui cela
m’a inspiré dans le sens où la
démocratie est directement menacée par
ce genre d’agissements. Mais, en revanche, cela
n’est hélas pas nouveau.
Daron : Ce ne sont pas vraiment les politiciens qui
me gênent personnellement, mais plus les gens
en général. Si je vais à Disneyland
et que je suis blessé alors que je m’amuse
sur un manège, je ne vais pas aller me plaindre
à Donald Duck. Je ne préfère
donc pas taper spécifiquement sur George Bush,
mais plus sur la société américaine
en général.
Le
choix du morceau « Bring Your Own Bombs »
comme 1er single de Mesmerize paraît malgré
tout très politique…
Serj : C’est justement parce que cela pouvait
être perçu de cette façon-là
que nous avons failli ne pas le faire ! [sourire]
Mais le terme ‘engagé’ me paraît
un peu exagéré. Oui, c’est vrai,
ce morceau dénonce la guerre. Mais je te mets
au défi d’y trouver une seule fois les
noms ‘Irak’ ou ‘Bush’ dans
le texte. Il pourrait s’appliquer au fait à
n’importe quel conflit qui a eu lieu durant
le XXe siècle…
Le
morceau « Cigaro » a commencé à
filtrer sur le Net en avant-première, il y
a 2 mois. Y êtes-vous pour quelque chose, ou
bien était-ce une manière de contrecarrer
le piratage ?
Serj : Oui, nous plaidons coupables [sourire], mais
non, nous avons autre chose à faire que dépenser
notre énergie à déjouer les plans
des pirates. Nous avions déjà fait le
même coup avec le morceau « Prison Song
» inclus sur Toxicity : c’était
une façon de remercier les fans pour leur patience,
et de leur donner quelque chose à manger en
quelque sorte en attendant la sortie du disque.
Shavo : Ce que je trouve plutôt extraordinaire,
c’est qu’il y a 3 ou 4 ans, même
si nous avions payé les stations de radio,
elles n’auraient même pas accepté
de diffuser un seul de nos morceaux. Et aujourd’hui,
si tu zappes sur les ondes hertziennes californiennes,
tu peux soudainement entendre notre nouveau single
« B.Y.O.B », tout blaster entre 2 titres
de Mariah Carey ! [rires] Regarde, ce soir nous jouons
au Trabendo (interview réalisée le 7
avril – ndlr) et cela me sidère de voir
tous ces gens-là s’être battus
pour nous avoir…
Sais-tu
d’ailleurs que le Palais Omnisport de Paris-Bercy,
où vous allez jouer le 1er juin prochain, est
déjà complet ?
Shavo : Non ! Cela fait combien de personnes ?
Environ
17 000…
Shavo : Whaouh ! [silence] Tu vois, des trucs comme
cela, même moi je ne sais pas l’expliquer.
C’est incroyable ! Ce genre d’évènements
fait partie de ces choses qui me rendent si fier de
participer à l’aventure SOAD. Nous n’avons
fait aucune concession, nous avons bossé comme
des tarés et, aujourd’hui,cela finit
enfin par payer. Comme je te l’ai déjà
dit, c’est comme être le passager d’un
wagon sur le point de se lancer à tombeau ouvert
dans une descente de montagnes russes : c’est
très effrayant, mais très intense en
même temps. Malgré tout, je n’échangerais
ma place pour rien au monde !
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